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CHAT SPECIAL COPENHAGUE
YVES COCHET
C'ÉTAIT UN 07 DECEMBRE 2009
Un chat avec :
À l'heure où la planète est au coeur du débat au Sommet de Copenhague, Canalchat Grandialogue, en partenariat avec Yahoo!, Le Figaro, Futura Sciences et Terra Eco donne entre le 7 et le 9 décembre, la possibilité à de grandes entreprises et experts, de répondre en direct aux questions du grand public en matière de développement durable. Pour ouvrir cette 4e édition d'En Ligne Pour Ta Planète, le député Vert Yves Cochet vous donne rendez-vous en direct et en vidéo sur le site EnLignePourTaPlanete.Com, à l'occasion d'un des dix chats prévus durant ces trois jours de dialogue interactif.
Bonsoir à toutes et à tous, nous avons le plaisir d'accueillir Yves Cochet, député Vert de la 11ème circonscription de Paris.
Bonsoir à toutes et à tous.
krys : Copenhague s'est ouvert ce matin. Quelle est votre attente en termes de décisions strictement politiques ?
C'est facile de répondre en une phrase. Il faut un accord global, juridique et contraignant. Au-delà des dates, des quantités, il faut un système d'observance avec des scientifiques. Si on ne respecte pas ses engagements, alors il faut des sanctions.
Albert Grosjean : Bonjour Monsieur Cochet. Etes-vous optimiste en ce premier du sommet de Copenhague ? Pour vous, est-ce qu'il y a des chances de réussite ? Un pronostic ?
C'est très difficile. Tout se passera sans doute dans les derniers jours, voire le dernier jour. Le regain d'espoir c'est que Barack Obama va venir le 18 décembre, et non le 9, comme initialement prévu. Il y a 192 pays à Copenhague, et il faut l'unanimité. Il faut une décision importante. On verra s'il y a des accords plus ou moins partiels. J’étais inquiet, mais je suis un peu plus optimiste maintenant, car ce sommet est très médiatisé, avec une très forte pression citoyenne. Je pense que c'est important.
BenoitDeCoCo : Pensez-vous que les pays en développement vont jouer le jeu de l'écologie ?
Je n'utilise pas ces mots de « pays en développement » ou « pays émergents ». Je ne veux pas de cette terminologie car je pense qu'il n'y aura pas assez de matières premières et d'énergie pour satisfaire leurs besoins comme les pays industrialisés actuellement. Ces pays ne doivent pas faire les mêmes erreurs. Ils doivent trouver une autre voie. Alors oui, ils doivent absolument jouer le jeu de l'écologie : ils n'ont pas le choix. Ils doivent trouver une économie écologique. Tout comme nous qui devons faire une conversion vers une économie écologique.
Julie : Comment définiriez-vous la décroissance telle que vous la prônez ?
En une seule phrase, ce serait un mode de vie écologique. Mais je vais être plus précis. Il y a d'abord la décroissance du PIB. Il faut savoir que l’on ne retrouvera pas les chemins de la croissance. Sur le long terme, la croissance du PIB c'est fini. C'est une révolution mentale, pour tous les économistes notamment. Le PIB est un des plus mauvais indicateurs. Deuxième explication, c'est la décroissance de l'empreinte écologique. Il faut la faire décroître. Plus cette empreinte diminuera, mieux la planète se portera. C'est donc une question de décroissance également. Enfin, ce qui peut croître, c'est le sel de la vie, l'essentiel de notre vie, autrement dit les relations humaines : l'amour, Mozart, la poésie, l'amitié, le syndicalisme, le participatif, etc. Le reste n'est qu'une surconsommation d'objets.
Makhi : Bonjour Monsieur Cochet, quelle est votre analye sur l'action du tandem Jouanno/Borloo ?
Il se trouve que l'une comme l'autre se sont pris au jeu de l'écologie. Incroyants voilà trois ans, ils ont fini par aimer et même par adhérer à certaines orientations. Ils ont un volontarisme, une bonne foi. Dans le gouvernement Fillon, ce sont les seuls que j'aime bien. D’ailleurs, le plan Justice Climat de Borloo est bien. Il est sorti sans l'avis de l'Elysée. Ils font bien le travail. J'espère qu'ils auront beaucoup de volontarisme à Copenhague et qu'ils convaincront Nicolas Sarkozy. Ils ont une conviction et un certain talent.
richardson : Que s’est-il passé l'autre jour à l'Assemblée ? Les images TV des membres de Greenpeace faisant de la descente en rappel dans l'antre des représentants élus du peuple m'a choqué et vous ?
Non, cela ne m'a pas choqué. Ce qui est choquant, c'est qu'une majorité de députés, a vraiment des toiles d'araignée dans la tête. Le traditionalisme va un peu loin. Dans une démocratie ouverte comme la nôtre, on ne doit pas être choqué par une action comme celle-là sur un sujet sérieux. Il faut regarder ce qui se dit, et ce qui se vote, qui est beaucoup plus scandaleux ! Pour juger d’une telle action, cela dépend du fait que ce soit pacifique ou pas. Et je regarde avant tout quel est le sujet.
BenoitDeCoCo : Pensez-vous que la décroissance de l'empreinte écologique passe aussi par une décroissance démographique ?
Je crois que oui. On peut imaginer un nombre d'habitants pour la terre moindre qu'aujourd'hui. Surtout si on pollue moins. Ce serait mieux pour l'écosystème. C'est une question politique d'encourager ou non la natalité. Le fait d'avoir une modération démographique est pour moi sans doute une bonne politique, notamment dans les pays du nord. Il faut aussi mieux éduquer les populations dans les pays du sud.
LUC : Des démographes disent que de toute manière la croissance de la population mondiale ralentit déjà. Pourquoi ne pas laisser les choses se faire concrètement ?
La tradition démographique, soit de l'ONU, soit de l'INED où il y a des gens très savants, c’est la théorie de la transition démographique. La transition démographique, cela signifie qu’avec l'augmentation du niveau de vie, du niveau d'éducation, etc., le nombre de naissance va diminuer progressivement. Mais ils oublient la catastrophe écologique qui s'installe ! Nous allons vivre dans un monde plus chaotique. Il y a une catastrophe écologique et devant elle, les trois traditions de décès vont être en jeu : guerre, famine et maladie. Il y aura hélas des pertes humaines.
jinhin : La fin du pétrole est-elle véridique alors qu'on voit que nos chères grandes entreprises pétrolières trouvent des gisements un peu partout sur la planète ?
Karim : Croyez-vous vraiment à la fin du pétrole ?
Je crois à la fin du pétrole bon marché. Bientôt, il ne sera plus économiquement extractible. Il sera moins accessible, plus lourd, plus visqueux... L'an dernier, il y a eu le pic de production de pétrole. La crise actuelle vient du pétrole, contrairement à ce que l'on dit. Ce qui reste, c'est du « mauvais » pétrole, difficile à exploiter. C'est vraiment un basculement de civilisation ! La fête est finie.
Makhi : Vous étiez en Californie avec Yann Arthus Bertrand. Avez-vous vu des choses intéressantes dans le politique écologique de cette région ? Sont-ils en avance par rapport à la France ?
Il y a des choses intéressantes en Californie. C'est un état d'esprit où il y a une volonté de changer profondément et rapidement les choses. Seulement la Californie est en difficulté... Ceux que nous avons rencontrés ont envie de construire un avenir plus décroissant. Le « Post Carbon Institute » essaie de diviser par dix l'empreinte écologique. Il met en place des plans de descente énergétique dans les villes, c'est très ambitieux !
Grison : Juste par curiosité, est-ce que vous vous rendrez à Copenhague ? Qui des Verts est sur place ?
Je me rends à Copenhague vendredi -en train couchette je précise !- et je reste jusqu'à la fin. Je fais partie de la délégation officielle française. J'ai été choisi par Jean-Louis Borloo et Chantal Jouanno, que je remercie. Il y a une grande manif le samedi 12 ! Nous allons pousser pour avoir un bon accord.
nathalie : Le Grenelle de l'environnement est-il allé assez loin ?
Le Grenelle c'était une bonne initiative il y a deux ans, suscité à la fois par l'Alliance pour la planète et par Nicolas Hulot. Cela s'est fait et c'est une très bonne chose. Il y a eu la loi Grenelle 1 déjà votée. Et bientôt, la loi Grenelle 2, qui fait actuellement la navette entre l’Assemblée et le Sénat, elle sera votée au printemps. Pour le Grenelle, le meilleur de la loi concerne sans doute la rénovation de l'habitat. Sur d’autres sujets, comme celui de la gouvernance, il en faut plus, il faut aller plus loin…
Hubert Darchi : Monsieur Yves Cochet, comment expliquez-vous que le développement durable soit devenu aussi important pour les Français et que les Verts n'aient jamais percé politiquement, hormis les élections européennes, car je parle des scrutins nationaux? Auriez-vous une explication ?
Les Verts existent depuis 25 ans maintenant, et les premières candidatures écolo aux élections remontent à 1974, soit 35 ans. Il y a une progression car nos idées sont plus partagées. Nous finissons par avoir raison, au détriment des autres partis. Les écologistes avaient raison avant les autres. D'où les bons résultats aux municipales et aux Européennes. Nos idées finissent par triompher. À la différence des autres partis, nous avons sans doute plus de lucidité sur l'avenir à long terme. Le changement climatique, c'était dans le programme de René Dumont en 1974, dans son livre « L’écologie ou la mort ». À l’époque, la droite comme la gauche nous disaient d'aller jouer dans le bac à sable. Aujourd'hui plus personne ne rigole. J'explique donc cette atonie des Verts dans le paysage électoral par ce décalage. Cela va venir progressivement. La catastrophe écologique aujourd'hui est là. La droite et la gauche traditionnelles ont de mauvaises idées depuis 30 ans. Il faudra un jour un jury d'historiens !
Boris : Qu'avez-vous pensé du film de Nicolas Hulot ?
Cela n'a pas été du tout un succès cinématographique. Un film sombre, très critiqué par la presse spécialisée. Nicolas Hulot a expliqué son parcours, il est passé par l'exubérance matérielle, alors c'est un film intimiste. Ce n'est pas Home, ce n'est pas du cinéma hollywoodien, c'est un film intérieur, métaphysique, très dur.
delphine : Quitte à redevenir ministre de l'Ecologie, quelles mesures prendriez-vous en priorité ?
Myriam : Vous venez de louer peu ou prou la politique de Borloo. On vous aurait appelé pour travailler d'une manière ou d'une autre à ses côtés, vous auriez accepté ?
Je n'aurais pas accepté, je ne participerai pas à un gouvernement de Monsieur Fillon ou Sarkozy. J'ai loué de manière modérée le travail de Borloo et de son équipe. J'ai été ministre il y a 9 ans, mais Jospin -un homme droit- ne comprenait rien à l'écologie. Le sérieux pour lui, c'était l'économique et le social. Depuis, le monde a évolué ! Désormais, il y a urgence... Mon principe serait de baisser l'empreinte écologique de la France. Vous savez, c'est très précis comme mesure. Par exemple, sur l'alimentation, je ferai une politique très différente, pour plus d'agriculture biologique, avec des créations d'emploi. Il faudrait une alimentation moins carnée, plus locale. Ne plus manger de bananes et d'ananas par exemple. Et bien sûr, il faut manger des produits de saison. Je ne suis pas un dogmatique du végétarisme, mais il faut manger moins de viande.
Thierry : Sortir du Nucléaire, êtes-vous pour et est-ce bien raisonnable quand on voit à quel point l'économie française en est devenue dépendante mais prospère ?
L'économie française prospère ? Avec tous les gens au chômage ! Je suis dans le réseau Sortir du nucléaire, mais cela prendra au moins 20 ou 25 ans. On ne peut pas sortir du jour au lendemain. C'est le moyen le plus cher et le plus dangereux de produire de l’électricité. Par exemple, dans la conception de l'EPR, il y a un vice de forme !!! Il y a eu aussi les histoires de plutonium à Cadarache. Il y a d'autres moyens de faire de l'électricité, au moins 4 ou 5. On sait faire autrement.
milla : Vous êtes député de Paris. Comment faire en sorte que cette ville devienne plus éco-responsable ? Qu'en est-il de l'écologie dans le projet du grand Paris ? Faisiez-vous partie des travaux de la commission Balladur ? Pourriez-vous nous donner votre vision ???
Très bonne question ! Le Grand Paris, c'est le projet de loi de Monsieur Blanc hélas voté par l'Assemblée. C'est essentiellement un métro automatique qui fait un grand huit. Je suis contre car l'urgence, ce sont les transports de banlieue à banlieue, et notamment des bus et des couloirs de bus. L'autre projet, c'est le Grand Paris de Sarkozy, qui a demandé à des architectes de travailler. Mais le SDRIF, le schéma directeur de la région Ile-de-France existe déjà. Pour moi, c'est une bonne base de travail, c'est le meilleur projet !
BenoitDeCoCo : Comment avez-vous vécu les différentes déclarations de Claude Allègre sur "l'écologie de la peur et du déclin" ?
Je n'étais pas avec lui au gouvernement Jospin, il était parti avant. Ce fut un grand scientifique. Mais dans le domaine du climat, il dit des bêtises. Il parle de phénomènes naturels. Mais on ne peut pas expliquer cette hausse du climat sans inclure les activités humaines. Allègre a tort, c'est dommage qu'on lui donne autant la parole au moment de Copenhague. De plus, il est assez violent dans ses qualificatifs.
Caliméro : Avez-vous essayé de calculer votre empreinte carbone et si oui, quelle est-elle ?
Oui, mon empreinte-carbone est inférieure à l'empreinte française. La moyenne française est de 5 hectares par habitant et par an. Moi, je suis à 3,2. Ce n'est pas assez ! Ce qu'il faut changer avant tout ce sont ses habitudes, notamment en matière de transport et de chauffage. Il faut surtout une action collective.
Estelle de Nantes : Quelles sont les énergies de demain d'après vous ?
Avant de répondre à Estelle, je fais juste une parenthèse : je ne suis pas fataliste, si je suis dur dans mes propos, c'est parce qu'il faut inventer un autre monde. C'est un appel à la créativité ! Pour ce qui concerne les énergies de demain, ce sont celles d'hier, celles d'avant 1800 : les énergies renouvelables. Les énergies renouvelables doivent revenir sur le devant de la scène. Le charbon, l'uranium ou le pétrole bon marché, c’est bientôt fini. On vivra donc différemment. On ne pourra pas gaspiller. L'avenir c'est exaltant.
Myriam : Ma question est peut-être bête, mais comment puis-je calculer mon empreinte carbone ?
Vous allez sur le site de l'Ademe. Là vous avez des logiciels pour calculer votre empreinte. Vous pouvez aussi l'élargir à l'empreinte écologique, plus globale, sur le WWF. Avoir une moindre empreinte, c'est aussi moins dépenser !
juju : Bonsoir, j'ai l'impression de vivre dans une psychose permanente. Pourquoi tant d'alarmisme et de culpabilisation alors qu'en fait je n'ai que peu de leviers à mon échelle de citoyen ?
Je suis alarmiste parce que pendant 30 ans, j'ai été rationnel, gradualiste, etc. et je regarde les rapports du Giec, du WWF, qui sont encore plus alarmistes ! On peut avoir une action individuelle, en changeant quelques habitudes, circulation douce et alimentation locale par exemple.
Murielle : A quand un nouveau parti des Verts avec des leaders vraiment courageux ? Cécile Duflot m'inspire cette confiance pour les prochaines échéances électorales: La soutenez-vous ?
Oui, je la soutiens évidemment. C'est notre chef de file en Ile-de-France pour les régionales. Depuis Europe Ecologie qui contient les Verts, mais aussi et surtout beaucoup de non Vert, c'est une nouvelle formation politique ! On accueille tout le monde : Yannick Jadot, Eva Joly et Laurence Vichnievsky, des amis de Corinne Lepage, etc. C'est une mutation, un dépassement des Verts. On y croit plus que jamais.
Merci Yves Cochet. Le mot de la fin ?
L'espoir existe. Les objecteurs de croissance disent : moins de biens plus de bien. Soyons dans l'amitié et l'amour de Mozart, pas dans les Ferrari ! Merci. Bonne soirée.

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