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CHAT VIDÉO MOYEN-ORIENT
ANTOINE SFEIR
C'ÉTAIT UN 03 JUILLET 2009

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Dialoguez en direct avec cet éminent spécialiste du Moyen et Proche Orient.

Antoine Sfeir est ce que l’on peut appeler un intellectuel de premier ordre. Observateur privilégié au quotidien des évènements et situations enchevêtrées au Proche et Moyen Orient, il assure une veille stratégique articulée autour de rencontres régulières et de déplacements sur le terrain. Une somme de connaissances qu’il met à la disposition des internautes à l’occasion de ce chat exclusif.


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Bonjour à tous, bienvenue sur le chat avec Antoine Sfeir. Pendant 45 minutes il répondra à toutes vos questions en direct. Posez dès maintenant vos questions !
Bonjour à toutes et à tous. J’attends vos questions.

maurice : Est-ce que la défaite électorale du Hezbollah est vraiment le signe visible d'un recul de l'influence iranienne au Liban? Quel est votre avis en tant que libanais?
Tout d’abord, je tiens à dire que cela fait très longtemps que je ne suis plus libanais. J’ai la double nationalité depuis plus de 10 ans. Ce n'est pas une défaite du Hezbollah. Il ne souhaitait pas la victoire. Il a toujours souhaité rester dans la contestation. Il ne sait pas faire de la gouvernance. Maintenant, il est vrai que le Hezbollah a été rejeté et cela sonne comme la fin d’un tabou depuis 2006. Cependant, cet échec électoral ne peut pas non plus être considéré comme un recul de l'Iran dans la région. Pourquoi ? Parce que l'Iran est un résidu de l'Empire Perse et que leur zone d’influence s’est toujours étendue au delà de leurs frontières naturelles et son statut de puissance régionale est tout simplement indéniable depuis cette époque. Elle apporte au Hezbollah son soutien financier pour maintenir la position des chiites dans la région, mais la République Islamique n’est pas allée au-delà pour cette échéance. Une position inédite. Pour le moment, on peut considérer que cette élection est une victoire de l'Arabie saoudite politique modérée. En gros, une fois n’est pas coutume, les grands pays ont encore pris le Liban pour un champ de bataille politique.

Jérôme, de Grenoble : Bonjour, j'aimerais savoir si la situation en Iran va continuer ainsi (c.a.d l'immobilisme et la fermeté extrême du gouvernement), car j'ai compris que le véritable pouvoir était détenu par l'ayatollah Khamenei. Une seconde révolution ne paraît-elle donc pas envisageable selon vous, malgré les mouvements de protestation (en Iran comme en France, en Allemagne, etc.), bien que ceux-ci se soient essoufflés en raison des pressions exercées par le pouvoir et que ce pays ne soit pas un modèle de démocratie ?
Je tiens à souligner que ce qui s'est passé lors de ces élections en Iran est fondamental. Rien ne sera désormais plus comme avant. Notamment par rapport aux réactions populaires dans tout le pays. Moussaoui avait demandé à ses partisans de se calmer. Ils ne l'ont pas suivi comme à l’arrivée plus d’un tiers des électeurs iraniens. Les Iraniens se sont donc divisés et se sont révoltés non pas contre Ahmadinejad, mais bien contre le système, la République Islamique. Il faut bien dire que, à l’occasion des résultats, le clergé chiite s'est également divisé à partir du moment où le Guide Khamenei a décidé de prendre parti. Les ayatollahs réfléchissent désormais à une gouvernance collégiale du régime. Certains d'entre eux ont soutenu la rue. On peut craindre d’assister désormais à une radicalisation du régime, et donc à une fuite en avant et peut-être au début du déclin de la république islamique. C'est difficile à prévoir. On peut assister à une redistribution politique des cartes en Iran même, tandis que les Américains sont eux-mêmes restés finalement très prudents en se contentant de condamner la violence, les excès. L’incohérence des résultats présentés a tout simplement choqué la communauté internationale comme les Iraniens : Moussaoui aurait récolté 19 millions de voix contre 5 millions pour Ahmadinejad.

Jeremy : D'après vous, quel rôle aurait pu avoir Israël dans le foutoir (que les médias nous ont montré...) au sujet des élections iraniennes? Un candidat était-il plus favorable à Israël ?
La réponse est non. Il n'y a pas de candidat iranien pro-israélien. Mais il ne sert non plus à rien de faire de la surenchère dans l’opposition entre les Juifs d’Israël et les Perses d’Iran. Rappelons que les deux pays ont les mêmes intérêts dans la région. A savoir la sensation d'être encerclés dans une marée de pays arabes (-sunnites) et pachtounes. Les deux pays ont une histoire commune entre Israël et Babylone. On oublie trop souvent que les Iraniens sont des Perses, avec une histoire très particulière. Ne faisons pas trop confiance aux rodomontades d'un Ahmadinejad qui se rêve en un populiste bien reconnaissable. Il souhaite être le héros d'un Islam iranien qui rayonne dans la région. La rue arabe a été séduite à un moment donné par ce discours. Ce n’est plus le cas depuis un certain 7 mai 2008, date à laquelle le Hezbollah a voulu prendre un bastion sunnite ce qui est contraire à sa logique de résistance. Cela a renversé les enjeux de la région en même temps que l’opinion de la rue arabe. Ahmadinejad n'est plus aussi soutenu, mais on assiste aujourd’hui à une véritable guerre entre chiites et sunnites, et cela au Liban, en Iraq…

Sammm : Quel est votre avis personnel sur M. Ahmadinehjad ?
C'est un populiste qui fait partie du Hojatieh, un courant de pensée qui souhaite le pourrissement de la société pour rendre justifiable le retour d’un messie sur Terre. Il souhaite la revanche des pauvres, des faibles sur les plus riches. Il porte une veste à 10 dollars pour rappeler ce vœu de pauvreté. Pourtant, il n'a même pas encouragé la mise ne place de bas prix pour les produits de première nécessité, y compris pour l'essence ce qui est fou pour une puissance pétrolière telle que l’Iran. Il faut également relativiser son importance au sein du régime : le président est nommé par le Guide et la portée de ses responsabilités n’est que limitée. Il est le cinquième personnage du pouvoir. Pourtant, on peut s’interroger sur les raisons qui poussent le Guide à n’avoir jamais condamné les propos antisémites inadmissibles d'Ahmadinejad. J’ai une explication possible : Le chef du courant Hojatieh, l'ayatollah Yezdimosbah a échoué pour entrer au conseil de discernement et gagner le pouvoir de notamment démettre le Guide. Celui qui a gagné c'est Rafsandjani et celui-ci s'est tout de suite posé en rival de Khamenei lequel a eu peur de devoir abandonner le pouvoir. Il a donc fait une alliance et accepté de conserver Ahmadinejad en échange de la sécurité de son siège.

Kareem : Y a t-il une présence importante ou une influence d'Al Qaeda en Iran, de quel côté est elle ?
Pas du tout parce qu'Al Qaeda est une organisation terroriste sunnite et que l'Iran est un pays chiite. Les cinq derniers messages d'Al Qaeda ont d’ailleurs fustigé virulemment le chiisme. Insultes et mépris réservés à ce grand courant de l'Islam jugé incompatible. Al Qaeda ne peut pas mettre le pied en Iran. Il n'y a aucune convergence possible tout en ayant le même ennemi commun, les Etats-Unis et leurs alliés, sans avoir pourtant le même objectif. Rappelons que le suicide est par exemple interdit dans le Coran, un principe peut-être encore plus respecté dans le chiisme pratiqué dans la République Islamique Iranienne. Les attentats kamikazes sont par conséquent impossibles. Khaed Mechaal, le patron du Hamas a eu des contacts avec les Iraniens, mais par pour une alliance bien concrète, dans ce cas de figure, on peut plus parler d’une instrumentalisation du Hamas par l’Iran.

Jeremy : On parle beaucoup de l'Iran et du Liban, mais la situation d'autres pays de la région est-elle compliquée (à part en Irak et Israel bien sur...), par exemple en Égypte ?
Elle n'est pas si compliquée en Egypte. La situation a même plutôt tendance à s’améliorer dans ce pays si l’on considère certains indicateurs. En 1902, Le Caire comptait 2 millions d'habitants contre 16 millions aujourd'hui. Le président Sadat avait lancé à son époque un programme de 6 villes nouvelles autour du Caire, aujourd'hui totalement absorbées par l’agglomération de la capitale. C’est dire l’évolution démographique du pays. L’économie a dû suivre et on peut dire que cela va mieux grâce aux revenus des droits de passage du Canal de Suez, le tourisme, les revenus des expatriés, le pétrole (c'est le seul pays de la région qui stocke du gaz et du pétrole dans des infrastructures portuaires adaptées sur les côtes). Il est vrai que les aides américaines ont enclenché le remboursement de la dette politique et que les efforts consentis se sont donc mieux matérialisés. Le fondamentalisme a touché violemment ce pays dans le passé, c'est aujourd'hui un pays un peu plus à l'abri des coups des Frères Musulmans. Cette lutte d’état contre le terrorisme a renforcé la popularité du régime. La vraie question est d’ailleurs de savoir qui va succéder au président Moubarak, 81 ans, qui souhaite aujourd’hui voir son fils Gaymal accéder à la présidence. Est-ce possible ? Il faudra forcément faire avec le concours du Général Suleyman, chef de l'armée égyptienne. S'il y a entente, c'est possible. Gaymal a déjà prouvé par diverses missions qu’il était compétent pour le poste. C'est en bonne voie. C’est vrai que c’est une logique dynastique et qu’il y aura donc une élection selon la mentalité arabe, à savoir une pensée issue de la civilisation tribale : Il faut un chef. Si celui-ci réussit, son fils doit lui succéder légitimement.

Sammm : Quelles peuvent être les conséquences du départ des Américains en Irak ?
Rappelons que l’Armée américaine est encore présente en Iraq, les soldats ne se sont retirés que des villes. D’autre part, l'Iraq ne peut que difficilement être considéré comme un pays à part entière, avec une partition entre le Kurdistan, l'enclave autour de Bagdad et le reste du pays. Les Chiites ont eu tous les pouvoirs sauf Bagdad, inversement pour les Sunnites. Ce à quoi on assiste désormais, c’est en quelque sorte la dernière bataille de Bagdad. Il faut aussi reconnaître que le Premier Ministre a réussi à « re-rassembler » « formellement » le pays, même si l'unité nationale reste encore très hypothétique, car elle repose sur très peu de légitimité. Dès les premiers mois de l'invasion, les Américains n'étaient plus considérés comme des libérateurs mais comme des occupants. De la même manière, ceux qui ont été placés au pouvoir peinent à se faire reconnaître de la population. Le redressement se place sur le plan économique. L'Iraq est en train de recouvrer sa puissance pétrolière. Elle est redevenue la 3ème puissance pétrolière mondiale, il ne faut pas l'oublier. L'Iraq a de nouveau les moyens de ses ambitions via de nouvelles infrastructures, et les appels d'offres concernant l’exploitation des gisements sont de nouveau ouverts à tous les pays, et non pas seulement aux États-Unis.

Elisa : Ce n'est pas vraiment un question sur le moyen ou proche orient… Pourtant, c'est parfois lié... Pourquoi cette récente et soudaine polémique sur la Burqa initiée par un député communiste en même temps que les propos dObama destinés au monde arabe, ainsi que les élections en Iran ?
Le discours d'Obama au Caire est celui d'un pays communautariste. C'est toujours le cas. Le Melting Pot à l’américaine n'existe pas et la libre pratique des cultes comme leur libre exercice reste de rigueur. En France, on est responsable de la cité pour être l'égal de ses concitoyens pour créer une solidarité. On est très liés. C'est un modèle très solidaire contrairement à l'individualisme américain. Obama n'a pas de leçons à donner sur le foulard islamique, surtout que son port n'est pas mentionné sous forme de versets dans le Coran. La sourate 33 demande aux croyantes « de cacher leurs atours », donc leur poitrine, et qu'elles portent leur djellaba. On ne leur demande pas que les cheveux soient cachés. On leur demande seulement de se séparer des hommes lors de la prière à la mosquée. Rien d’autre que je sache. Il faut voir les femmes saoudiennes se jeter dans les toilettes des avions pour ôter leur voile, une fois sorties de leur pays. Cette lecture autoritaire du Coran est inadmissible dans un pays laïc, comme il est indécent de venir en short dans un pays comme l'Arabie Saoudite. Je demande la réciprocité.

Justine: Comment jugez-vous la politique étrangère de la France au Moyen Orient depuis le début de la présidence Sarkozy ? Quels sont les changements par rapport à l'ère Chirac s'il y en a ? Merci.
Je sais qu'il est de bon ton d'être anti-sarkoziste, mais en matière de politique étrangère, il confirme avec raison les principes républicains. Il ne se gêne pas d'ailleurs pour prendre, avec raison également, la place de son ministre des affaires étrangères plutôt extérieur aux affaires si je puis dire. Par rapport à Jacques Chirac, pour qui tout avait bien commencé dans la région et qui n'a finalement plus vu la région que par le prisme d'Hariri au Liban, Nicolas Sarkozy essaye de conformer à l’idée que la France a un rôle à jouer au Proche et Moyen Orient. Il y a une très forte demande de « France » au Proche et Moyen Orient. Les lycées français sont aussi répandus et demandés au Liban qu'en Arabie Saoudite. Il faut prendre la mesure de cette demande, de cette attraction. À croire que les Français aiment à s'auto flageller sur le sujet, en se disant tout haut que la France est incapable de réaliser ce rapprochement. La France n'est pas une puissance moyenne, elle a véritablement son rôle à jouer. Sa puissance réside dans l'idée de chaque citoyen s'accomplir selon les principes universels qui sont les siens depuis des siècles.

Merci, un petit mot pour conclure ?
L'Orient nous parait souvent si complexe. Pourtant, il est si proche. Les Français sont considérés selon le terme néo-colonialiste, comme des tolérants. Encore faut-il s’y tenir, il faut connaitre l'autre pour le respecter. Que constate t-on actuellement en France? Que les Français dits « de souche » ont une peur tenace de l'Islam, car ils ne le connaissent pas. L'Islam ce n'est pas seulement la prière ou la burqa, ce n’est ni le foulard, ni la mosquée, c'est un tout, c'est beaucoup plus vaste que ça. Même les jeunes musulmans français connaissent mal l'Islam. C’est la raison pour laquelle je suis convaincu qu’il est essentiel que l’histoire des religions soit enseigné comme une discipline à part entière au sein des écoles de la république. Une meilleure connaissance de l'histoire de l'Islam passe par là. Merci à tous !


Edito

Chatteuses, chatteurs,


Pause estivale oblige, le programme des chats s’interrompt l’espace de quelques semaines. L’heure du bilan s’impose. Après un début d’année en trombe durant lequel nous vous avons concocté pas moins d’une quarantaine de chats vidéos en direct, CANALCHAT.COM reste plus que jamais à la pointe de l’actu.


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